« Une profonde espérance m’habite : je crois profondément à la possibilité d’un redressement, d’un rebond, d’un renouveau. Là est la source de mon engagement. » Nicolas Dupont-Aignan
La liberté chevillée au corps et la France dans le cœur, Nicolas Dupont-Aignan est président de Debout la France, député de l'Essonne et candidat à l’élection présidentielle de 2022.
Quel élément de votre parcours vous apparaît comme celui qui rejoint le plus les préoccupations des Français ?
J’ai la joie d’être marié depuis de nombreuses années et père de deux filles. Je pense que ma famille, en plus d’être ce que j’ai de plus précieux, me permet de garder les pieds sur terre dans la mesure où mes responsabilités familiales me font partager les mêmes préoccupations quotidiennes que la majorité de nos concitoyens qui ont des enfants, des petits-enfants, des parents ou des grands parents et qui se sentent appartenir à la France, aussi parce qu’ils se sentent responsables de leurs proches.
Quel a été le déclencheur de votre engagement en politique ? Est-ce toujours le même qui vous donne l’envie de servir la France et les Français et de mener le combat pour vos idées ?
Ma conscience politique a émergé à 15 ans dans une France veuve depuis quelques années seulement du Général de Gaulle, qui était parvenu à faire prendre conscience aux Français qu’ils étaient un grand peuple et à la France qu’elle était un grand pays. Amoureux de cette France et enthousiasmé à l’idée d’avoir pour mission de la servir et de la faire prospérer, j’ai participé à la campagne de Jacques Chaban-Delmas en collant des affiches, puis j’ai choisi un parcours académique qui me permettrait de servir mon pays. C’est encore aujourd’hui le principal moteur de ma démarche.
La crise du Covid-19 a mis en évidence votre attachement à la liberté. Vous l’avez défendue avec pugnacité, sans légèreté. Qu’est-ce qui, pour vous, caractérise le plus la liberté « à la française » ?
Je définirai la liberté à la française à deux niveaux. Sur le plan individuel, la liberté à la française est d’abord la liberté de penser, de dénoncer, d’être subversif, conformément à notre tradition politique intimement liée à l’écrit, à la littérature, à la langue. Voyez Voltaire, Hugo, Chateaubriand ! Nous sommes héritiers d’une tradition politique fine et intelligente qui prend sa source dans notre culture. Je crois que cette liberté individuelle est aujourd’hui menacée par la pensée unique qui s’impose au monde politique et aux citoyens, par le truchement des médias et de la judiciarisation de la parole publique. La crise sanitaire a été un exemple éloquent : les Français ont été sommés de renoncer à leur liberté au prétexte de préserver la santé qui est devenu l’absolu indépassable, la nouvelle idole ! Et toute discordance démocratique a été criminalisée. La liberté est ensuite une réalité éminemment politique, un combat que chaque nation doit mener quotidiennement contre les entraves qui la menacent. La crise ukrainienne a par exemple mis en lumière la vassalisation de la France aux Etats-Unis via l’OTAN et à l’Union européenne par la politique de sanctions économiques pour une part nécessaires, mais globalement inefficaces puisqu’elles pénaliseront d’abord les pays européens eux-mêmes.
Votre affiche de campagne « Choisir la liberté », présente, en fond, un village avec une église. Qu’est-ce que cette affiche vous évoque ? Pourriez-vous nous dire ce que, selon vous, la foi a apporté et apporte à la politique et vice versa ?
Par cette affiche, j’ai souhaité montrer mon attachement à défendre cette France authentique, enracinée, rurale, trop souvent oubliée et laissée pour compte par nos dirigeants issus des grandes métropoles mondialisées. Cette France, c’est aussi celle du « blanc manteau d’église » qui constitue un trait majeur de notre paysage et de notre histoire, patrimoine que je souhaite préserver et défendre. Je crois que notre civilisation occidentale et en particulier la France sont profondément chrétiennes, malgré la déchristianisation de la très grande majorité de la population, dans la mesure où elles sont fondées sur le concept chrétien de dignité humaine, selon lequel tous les hommes sont égaux en dignité. Voilà ce qui explique l’attachement de la France à l’égalité bien sûr, mais aussi à la liberté et à l’universalité.
Vous êtes chrétien catholique. En 2017, dans Famille Chrétienne, vous dites : « Je suis un croyant qui doute ou un agnostique qui croit. Ça dépend. » Est-ce toujours le cas ? Pourriez-vous nous partager un peu de votre parcours spirituel ?
Ayant été élevé dans une famille chrétienne et dans un pays imprégné par le christianisme, je suis profondément inspiré par les valeurs chrétiennes, même si je garderai la formule que vous citez en répétant que je suis un croyant qui doute ou un agnostique qui croit. Au cours de ma vie politique, j’ai parfois douté en voyant la force terrifiante de l’injustice, du mensonge, de la violence ou de la misère. Mais une profonde espérance m’habite : je crois profondément à la possibilité d’un redressement, d’un rebond, d’un renouveau. Là est la source de mon engagement.
La foi a-t-elle guidé, soutenu, nourri votre engagement politique ?
Même si, face aux difficultés écrasantes liées à mon engagement politique, la foi me soutient puisque je crois en la possibilité d’un renouveau et dans la survenance d’évènements indépendants de notre volonté qui facilitent ce redressement et que l’on pourrait nommer « providence », je dois à l’honnêteté de dire que la foi n’est pas le moteur de mon engagement.
Votre engagement s’est incarné à travers différents mandats, notamment celui de maire de Yerres. Dans cette ville, une des toutes premières épiceries solidaires de France a vu le jour. Cela a-t-il favorisé le lien social ? Pourriez-vous revenir sur cette réalisation ?
Il est vrai que je me suis battu il y a plusieurs années pour créer, dans ma ville de Yerres, une épicerie solidaire, parfois contre l’avis de mon conseil ou de mes collaborateurs qui doutaient de cette initiative. Dans cette ville parfois considérée comme « riche », la mise en place de telles actions solidaires ne venait pas spontanément à l’esprit des responsables locaux. Dans cette épicerie, les bénéficiaires sont servis par des équipes du conseil municipal, ce qui permet de mettre en place une action publique concrète, charnelle, ou disons, si vous préférez, une charité politique en acte.
Durant vos mandats de maire, plusieurs politiques de la ville ont été mises en œuvre par le biais de la démocratie participative. Pouvez-vous nous en parler ? Dans un pays très axé sur la démocratie représentative, une démocratie plus directe peut faire peur. Pensez-vous qu’elle puisse contribuer à ce que les Français reviennent au cœur de la cité ?
J’ai toujours cherché à traduire localement mon attachement au référendum. Lorsque j’ai repris la Mairie de Yerres, la ville était dans une situation d’endettement très préoccupante, notamment à cause de la patinoire qui était une institution locale en même temps qu’un gouffre financier intenable. C’est pourquoi j’ai proposé une consultation locale pour proposer de renoncer à cette infrastructure, contre l’avis de mes élus qui, encore une fois, me promettaient presque unanimement une déconvenue fracassante dans les urnes. Mais les Yerrois ont accepté de se séparer de la patinoire pour le bien commun de leur ville. Par la suite, j’ai renouvelé cette expérience de démocratie directe pour le quartier de la gare, qui est un projet encore en cours. Ce fonctionnement local au plus près des citoyens se vit aussi quotidiennement, puisque j’ai réorganisé la ville autour de 7 quartiers, chacun présidé par un élu référent. Chaque élu réunit le quartier tous les trimestres pour le consulter sur les décisions qui le concernent (dos d’âne, trottoir, rond-point, etc…). C’est une vraie démocratie participative. Si la réalité est différente à l’échelle de la France qui est un grand pays centralisé et non pas un petit pays organisé localement comme en Suisse, il est certain que la participation directe des citoyens à la vie démocratique fait défaut… N’oublions pas que le référendum constitue un des fondements de la Vème République, puisqu’il permet au peuple souverain d’exprimer directement sa volonté, en passant par-dessus ses représentants. Mais cette pratique est tombée en désuétude : il n’y a plus eu de référendum en France depuis 17 ans et le dernier en date, celui de 2005 sur le Traité instaurant une Constitution européenne, a été foulé aux pieds. Depuis, nos dirigeants ont choisi de décider sans tenir compte de la souveraineté du peuple et le peuple n’a plus confiance en ses dirigeants qui ont violé sa souveraineté. C’est pourquoi je souhaite, d’une part, gouverner à nouveau grâce au référendum sur les questions fondamentales de la vie publique et instaurer le Référendum d’Initiative Populaire (RIC) qui permettra au peuple d’être lui-même à l’initiative d’un référendum.
L’humanisme est important pour vous. Dans une citation qui lui est généralement attribuée (l’auteur serait Henri de Bornier), Thomas Jefferson dit : « Tout homme a deux pays : le sien et la France. » L’accueil fait partie de l’identité française. Vous avez des positions assez dures en matière d’immigration, pourquoi ?
Le manichéisme et l’hystérie médiatiques qui entourent cette question de l’immigration rend difficile l’expression d’une position réfléchie et nuancée. C’est pourquoi une précision s’impose : il n’est pas question de remettre en cause le droit d’asile ou la générosité française, qui est constitutive de son histoire et de son identité. A cet égard, je souhaite d’ailleurs souligner que la conduite de la France vis-à-vis de la crise migratoire que nous connaissons sur l’ensemble du continent européen est absolument exemplaire. Pour autant, charité bien ordonnée commence par soi-même : le premier devoir d’un homme public est de garantir la survie de son pays et de protéger ses concitoyens. Or, aujourd’hui, force est de constater que l’assimilation est grippée, en raison du nombre toujours croissants d’immigrés et de la part croissante des arrivants issus de pays musulmans plus éloignés culturellement et dont l’intégration représente un défi plus important. Les conséquences de cette immigration trop importante pour être intégrée par la France sont déjà là : fracturation du corps social, séparatisme, montée des tensions et accroissement de l’insécurité. Aucune nation ne peut accueillir indéfiniment des populations extérieures sans parvenir, au bout d’une certaine quantité, à une déstabilisation profonde qui peut menacer jusqu’à son existence. C’est parce que je considère que la France a atteint ce point critique que je crois urgent d’organiser l’intégration des immigrés qui sont déjà sur notre sol, avant de penser à en accueillir de nouveaux.
Nous sommes à une époque charnière pour l’environnement. Quelle est votre vision de l’écologie ?
Derrière la question de l’écologie, il y a deux questions principales qui sont intimement liées : celle de l’énergie et celle du climat. Un consensus scientifique existe aujourd’hui sur le fait que l’augmentation de la température causée par les émissions de gaz à effet de serre aura des conséquences désastreuses, et pour tout dire dépassant l’entendement, si elles ne sont pas drastiquement limitées. L’enjeu est donc de décarboner, selon l’expression consacrée, notre économie. Cela signifie, si nous voulons être honnêtes intellectuellement, que nous devons renoncer à une économie de croissance, car notre croissance est déterminée par notre production et donc par la quantité de gaz à effet de serre que nous émettons. Or, si nous voulons respecter les accords de Paris pour limiter la hausse à 2 degrés en 2050, nous devons accepter une récession de 5% supplémentaires par an. Le drame de ce problème, c’est qu’il est mondial alors que nos moyens de gouvernance sont nationaux. Pour régler le problème, nous devons donc nous demander où on émet le plus. Permettez-moi de rappeler que la Chine et les Etats-Unis sont responsables de 60% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’Union européenne ? 8% ! Et la France moins de 1%. Faut-il donc que la France accepte de jouer le jeu, renonce à son économie, avec toutes les conséquences désastreuses qui en découleraient, pour sauver le climat, alors qu’elle ne représente que 1% des émissions mondiales ? Sachant que pour l’heure, ni la Chine ni les Etats-Unis, qui eux détiennent une part importante de la solution, ne souhaitent jouer le jeu ? Je ne le crois pas. C’est la raison pour laquelle je considère que la question climatique est d’abord, pour la France, une question de relations internationales. Nous devons impérativement convaincre nos partenaires d’engager une action coordonnée. Mais la France, elle, est déjà exemplaire en matière climatique, principalement en raison de son mix énergétique, ce qui nous amène à la deuxième question. Notre mix énergétique est composé de la façon suivante : 40% nucléaire, 28% pétrole, 16% gaz, 14% énergies renouvelables. C’est un des mix énergétiques les moins polluants du monde, puisque le nucléaire, en plus d’être l’énergie la moins chère, pollue très peu, beaucoup moins que les énergies fossiles bien sûr, mais aussi beaucoup moins que les énergies prétendument renouvelables qui, contrairement à une idée reçue, sont très polluantes et coûteuses. Succinctement, les énergies renouvelables ne peuvent remplacer le nucléaire pour produire de l’électricité, puisque nous avons besoin d’une électricité pilotable (disponible à la demande) alors que les énergies renouvelables produisent de façon alternative (pas d’électricité avec une éolienne sans vent, pas d’électricité avec un panneau solaire sans soleil). C’est la raison pour laquelle les pays qui ont prétendu remplacer le nucléaire par des investissements massifs dans le renouvelable, comme l’Allemagne, ont en réalité remplacé le nucléaire par des centrales thermiques : l’Allemagne a rouvert ses centrales à charbon et à gaz avec les conséquences dramatiques que l’on sait pour le climat. C’est la raison pour laquelle, afin de protéger le pouvoir d’achat de nos concitoyens et pour ne pas polluer davantage l’atmosphère, nous devons miser massivement sur le nucléaire et limiter autant que possible notre dépendance aux énergies fossiles et renouvelables. Mais revenons sur la question climatique, car nous ne devons pas faire preuve d’hypocrisie : si l’Asie émet autant de gaz à effet de serre, c’est aussi parce que nous y avons délocalisé notre production industrielle. La relocalisation s’impose donc, car en plus d’assurer notre souveraineté industrielle, elle limitera l’impact environnemental de la production en diminuant le transport maritime très polluant et en ordonnant la production industrielle au mix énergétique français, beaucoup plus propre que celui des pays asiatiques.
Merci Nicolas Dupont-Aignan. Un mot d’espérance pour finir ?
Un mot d’un grand auteur catholique que j’affectionne, Georges Bernanos : « L’espérance est une détermination héroïque de l’âme, et sa plus haute forme est le désespoir surmonté. On croit qu’il est facile d’espérer. Mais n’espèrent que ceux qui ont eu le courage de désespérer des illusions et des mensonges où ils trouvaient une sécurité qu’ils prennent faussement pour de l’espérance. L’espérance est un risque à courir, c’est même le risque des risques. L’espérance est la plus grande et la plus difficile victoire qu’un homme puisse remporter sur son âme… »
Jean-François Bongrand, France Espérance
